Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de participer à l'Agenda Ironique.
Quand j'ai lu le billet d'Alphonsine, je n'étais pas partie pour participer.
Mais j'ai voulu voir par curiosité ce que disait la chanson dont il fallait s'inspirer, et à sa lecture, un texte s'est imposé à moi.

frise

La symphonie du départ

Je ne suis pas du matin. Et le matin ne me réussit pas. Il glisse sur moi des voiles d'une tristesse qui m'échappe et me fait douter de tout. De mes sentiments. De ceux des autres. Du bonheur en général. De mon bonheur en particulier. Je suis du genre à fuir le bonheur de peur qu'il se sauve *.

Je les ai tous quittés un matin. Sans une explication. C'était réglé comme du papier à musique : j'assénais la sentence, définitive, souvent en très peu, voire pas de mots. Et je partais en leur tournant le dos. Ils ne cherchaient généralement pas à me retenir. Ce dont je leur savais gré. Je pouvais ainsi plus facilement les oublier.

Mais le destin est un farceur.
Toutes ces années après, il t'a remis sur ma route.
Je ne t'ai pas reconnu tout de suite, je crois que j'avais oublié les détails de ton visage, je ne me rappelais que de ton sourire, de ta tignasse bouclée et de ta voix de baryton.

Je t'ai reconnu par hasard.
Ce jour-là mon téléphone a sonné sur la toccata et fugue de Bach. Tu as eu l'air surpris. J'ai su ensuite que tu aimais particulièrement cet air baroque. C'est cette façon particulière d'exprimer ta surprise qui m'a ramenée à ce matin là, ce matin où je t'ai quitté. C'est drôle : tu m'avais devancé. J'étais fascinée par cette expression de surprise sur ton visage. Une surprise simple, sans colère, sans rancoeur, j'en oublais de m'en aller. Tu m'avais alors tourné le dos et tu étais parti, sans tambour ni trompette. Ca m'avait coupé le sifflet. C'est peut-être pour cette raison que je n'ai jamais réussi à t'oublier : tu n'as pas joué correctement ta partition de ma magistrale Symphonie du Départ, et tu as imprimé en moi une autre mélodie, nostalgique celle-là.

Mon coeur bat la chamade chaque fois que je te rencontre. Mais je ne comprends pas pourquoi tu mets autant d'application à me tenir à distance. On dirait que je t'indiffère, que je n'ai pas compté pour toi.
Pourtant quelqu'un m'a dit que tu m'aimais encore.

Si c'est vrai, retiens la nuit **, empêche les matins d'effacer les promesses du soir, le vent nous portera *** sur un accord parfait. Si c'est faux, si c'est du pipeau, je te promets ** que je sortirai de ta vie, et que j'oublierai ton nom **.

 

* Jane Birkin
** Johnny Halliday (que je n'écoute pas mais qui a des titres de chanson hyper pratiques)
*** Noir Désir

léonard de vinci