Monsieur était en train de regarder des bandes annonces de films sur l'ordinateur du salon, je bouquinais sur un fauteuil en jetant machinalement un coup d'oeil par-dessus son épaule à l'appel de certains sons...

Le son des tambours m'a fait lever la tête : les images d'un dessin animé défilaient...
J'ai fait un bond en beuglant à travers la pièce, semi hystérique : "Wes Anderson a sorti un nouveau long métrage, c'est ça ?"

Je n'ai raté aucun des films de Wes Anderson depuis "La famille Tenenbaum", inconditionnellement fan de son esthétique visuelle - au point parfois d'en oublier de suivre l'histoire (je serais incapable de vous raconter "The Grand Budapest Hotel" que j'ai pourtant adoré, mais ce film était géométriquement hypnotisant, et je me suis perdue dans la contemplation des symétries...).

Wes Anderson a tout de même réussi, en deux films seulement, à dépasser le "club des K" (Kieslowski, Kusturica, Kurosawa, Kazan, Kubrick) pour se hisser à la première place du podium de mes réalisateurs préférés, aux côtés d'Albert Dupontel.

Quelques images pour vous faire goûter la beauté de ses prises merveilleusement géométriques :

Les images peuvent être rigoureusement symétriques :

Wes Anderson (1)

Wes Anderson (4)

Wes Anderson (5)

Wes Anderson (9)

ou présenter une symétrie un peu plus complexe, plus graphique
(ici en plus, la colonne de personnages au centres se déplace vers le haut)

Wes Anderson (6)

On trouve aussi des plans qui se suivent en se répondant de manière symétrique,
des plans en "miroir", en quelque sorte :

Wes Anderson (2)

Wes Anderson (3)

... ainsi que des symétries "rééquilibrées",
où le nombre d'éléments diffère mais est compensé par un jeu de proximité/distance
qui rééquilibre au niveau du "volume"
(ce qui donne également des lignes de perpective intéressantes)

Wes Anderson (8)

Mais mes préférées, renversantes,
sont celles qui se créent grâce au mouvement :

dans cet exemple, le chien tient un objet, un bâton,
il le dépose entre lui et le garçon, créant alors une symétrie parfaite (personnage - objet - personnage)
vous noterez qu'on ne voit pas son train arrière, on le voit sur deux pattes, comme le garçon
(qui a presque 4 points d'appui, d'ailleurs, avec ses getas ^^)

Wes Anderson (7)

... symétrie du même type que celle de cette scène tirée du "Grand Budapest Hôtel", absolument géniale, avec ses jeux d'équilibre/déséquilibre :
l'homme au centre remonte l'allée avec un paquet dans chaque main ; au même moment, deux vélos traversent l'écran et forment une symétrie parfaite avec les deux voitures garées, pendant une fraction de seconde, et la symétrie est rompue après leur passage... doublement rompue d'ailleurs puisque le personnage va alors se débarrasser d'un de ses paquets dans la poubelle sur sa droite :

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Pour profiter pleinement de l'atmosphère si particulière de ces films, je vous mets en lien les bandes annonce...

L'ÎLE AUX CHIENS Bande Annonce (2018) Wes Anderson, Edward Norton

THE GRAND BUDAPEST HOTEL - Bande-annonce VF