(Si on m'avait dit, il y a quelques années, que j'allais me transformer un jour en groupie hystérique d'un auteur de romans policier, j'aurais éclaté de rire... comme quoi, ma grand-mère avait bien raison quand elle nous assénait : "ne dis jamais 'fontaine, je ne boirai pas de ton eau' ")

"Les périodes où l'on fait le plus de puzzle sont l'enfance et la vieillesse.
Entre les deux, rien..
." (p. 227)
Faux, monsieur Thilliez.
A cause de vous.

puzzle

Je n'avais pas encore lu "Puzzle". Sacrilège !

J'ai démarré avec l'enthousiasme que vous imaginez, enthousiasme augmenté par la découverte partielle de l'énigme de la page 41 (éditions Pocket).
A la fin du chapitre 6, pour faire durer ma lecture, j'ai décidé de faire le puzzle avant de continuer.
Un morceau de puzzle en tête de chaque chapitre, tous différents, connaissant Thilliez, on se dit que ce n'est peut-être pas innocent.

Thilliez nous propose un lecture à plusieurs niveaux : on peut lire ce roman de manière simple, en se laissant porter par l'histoire, et c'est déjà un excellent moment de lecture. Mais il est encore plus drôle de traquer l'indice, d'essayer de reconstituer la pensée de l'auteur, crayon à la main, notes en haut des pages, sachant que l'auteur est joueur et s'amuse avec ses lecteurs...

Illustration ?
Ouvrez votre livre à la page 58, et lisez à partir de "Ilan dressa rapidement..."

Le personnage de Naomie Fée entre en scène. Curieusement, je me la suis immédiatement représentée mince, nerveuse, brune à cheveux courts, maquillage sombre appuyé, vêtue de noir avec des détails punck/rock.
Pourquoi ?

A cause d'un simple phénomène d'amorçage (qui a merveilleusement fonctionné sur moi !) :

Naomie Fée :     fée = bestiole avec des ailes
5 lignes après, Ilan la compare à un vautour... vautour --> rapace
Naomie Fée --> Naomie 'bestiole avec des ailes' Fée -> vautour --> rapace => Noomi Rapace, connue des amateurs de rompol pour son interprétation de Lisbeth Salander dans la trilogie des Millénium

... impression renforcée un peu plus loin par l'apparition d'une femme brune vêtue de vêtements de type motard... qui, si elle n'est pas Naomie Fée, achève de m'ancrer dans le style de Lisbeth Salander... (alors évidemment, ça ne fonctionne bien que si on connait le film)...

Noomi Rapace

Les informations complémentaires sur son apparence ne viendront pas bousculer l'image que je me suis faite d'elle, au contraire (Thilliez est sympa, il ne nous perturbe pas en faisant de Naomie une blonde BCBG après nous avoir incité à la voir brune rock and roll) (quoique, à la réflexion, j'aurais adoré qu'il le fît) :
p. 60 : "Fée avait des yeux noirs, profonds, deux piercings à chaque oreille et un dernier sur l'aile gauche du nez. Elle avait peut-être vingt-cinq, vingt-six ans"
p. 294 : "sans son maquillage, elle ressemblait à un zombie tout droit sorti d'un film de Romero" ...

Thilliez avait fait allusion à ce genre de manipulation dans son roman "La Forêt des ombres" : page 82 (éditions Pocket), où un de ses personnages explique de quelle manière il a guidé les réponses d'un autre, par l'influence des éléments présents dans la pièce ; "tout est une question de point de vue, et d'influence"...

... si vous entendez le mot [mɛR], vous ne l'interpréterez pas spontanément de la même façon selon que vous êtes sur une plage à Marseille, devant un Hôtel de ville ou à côté d'une femme avec une poussette... nous sommes perpétuellement influencés de manière plus ou moins forte, de manière plus ou moins insidieuse par tout ce qui nous entoure... et finalement :

nos interprétations des faits en disent parfois plus sur nous
que sur la réalité même...