Dès que je trouve un livre ou un magazine qui parle d'un membre de ma famille, je l'ajoute à la médiathèque familiale.

J'ai ainsi déniché un émouvant récit détaillé de la mort de mon grand-père sur le front, celui de certains événements qui se sont passés dans ma maison en 1792 et qui complètent le récit oral qu'on s'en faisait dans la famille... j'ai récupéré également des interviews dans des magazines, un reportage télé, des documents de l'Ina, bref, je prends tout ce qui passe...

Alors quand on m'a parlé de ce roman...

Il faut savoir que je n'aime pas du tout les gens qui règlent leurs problèmes sur la place publique.
Je ne lis jamais les livres de personnes qui, sous couvert d'exutoire thérapeutique, déversent les détails de leur vie privée, et par ricochet, celle d'autres personnes qui n'ont pas demandé à être exhibées aux yeux de tous.

J'ai tout de même acheté ce livre.

Mais n'ai pas pu le terminer.
Car même s'il se présente sous les traits d'un roman, les prénoms n'ont pas été changés, et il devient difficile de prendre le recul permettant de se retrancher derrière une vision romanesque du récit... Le livre raconte une profonde rancoeur, résultat d'événements de vie indépendants qui, au lieu de s'exprimer sur les personnes à l'origine du problème, idéalisées, s'est focalisée sur des personnes non investies affectivement, par moment même, pour certaines, déshumanisées (afin qu'il soit plus facile, j'imagine, de leur faire endosser le rôle de bouc émissaire qui leur a été dévolu). L'aigreur et la haine débordantes du récit en discréditent le contenu.
Je n'ai aucun mal à imaginer la souffrance de l'auteur et le plaindre, je sais qu'il s'est montré merveilleusement résiliant par la suite, et que ce livre l'a peut-être aidé dans ce travail sur lui.
Mais il est toujours extrêmement désagréable de se retrouver éclaboussé, même de cette manière indirecte.

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