Dans "Le sentiment même de soi", Antonio Damasio rapporte le cas de David, qui suite à une lésion des lobes temporaux (étendue à l'hippocampe et à l'amygdale) est devenu incapable d'apprendre ou de retenir quoi que ce soit. Des expériences ont montré que malgré cette incapacité à mémoriser les nouvelles expériences, de nouveaux souvenirs, David pouvait, si une personne se montrait régulièrement désagréable avec lui, et ce bien qu'il ne lui soit pas possible de s'en souvenir via l'utilisation de ses circuits mnésiques, développer une sorte d'aversion envers cette personne.

"Nous n'avons pas à être conscients de l'inducteur d'une émotion, et bien souvent, nous ne le sommes pas, et nous ne pouvons pas contrôler les émotions à venir".

"les représentations qui induisent des émotions et donnent lieu, par la suite, à des sentiments, n'ont pas besoin d'être l'objet de l'attention, qu'elles signifient quelque chose d'extérieur à l'organisme ou quelque chose qu'on se rappelle en son for intérieur. Qu'elles soient de l'extérieur ou de l'intérieur, les représentations peuvent se produire à un niveau infra-conscient et induire néanmoins des réponses émotionnelles. Les émotions peuvent être induites d'une manière non consciente et apparaître ainsi au Soi conscient comme étant apparemment immotivées".

Dans "La mémoire fantôme", au chapitre 21, Thilliez développe plusieurs pathologies de la mémoire, et aborde ce qu'il appelle la mémoire du corps "associée avec notre mémoire implicite (...) qui provoque les suées, qui accroît les pulsations cardiaques face à une situation déjà vécue mais dont on n'a pas forcément le souvenir".

Il m'est souvent arrivé de me sentir mal à l'aise ou subitement angoissée dans des situations qui ne justifiaient en rien un tel malaise. Je disais alors que j'avais l'impression de ressentir des angoisses qui n'étaient pas les miennes... en fait, elles l'étaient probablement : mon cerveau, grand traqueur de détails, avait peut-être perçu quelque chose d'insignifiant pour mon moi conscient, mais qui me ramenait à une situation passée désagréable... qui sait... ?

Cette sorte d'intuition fugace que nous ressentons lors d'une première rencontre, n'est-elle pas l'expression de cette mémoire du corps qui nous ramène à des éléments du passé associés à des ressentis positifs ou négatifs ?
Ces sympathies ou antipathies immédiates, elles n'ont rien de rationnel, elles se basent sur des intuitions, sur la mémoire du corps...

J'aime cette idée parce qu'elle répond à des questions que je me suis longtemps posée.
Je m'intéresse énormément à cette mémoire du corps.
Est-ce que cela vous parle ?
Avez-vous des expériences ou sources documentaires à partager ?