la porte page de couv 001

Typiquement le livre choisi pour sa couverture et son titre qui, une fois n'est pas coutume, s'est avéré être un bon choix.

Ce livre, sorti en Hongrie en 1987, n'a été traduit en français qu'en 2003.
Je crois que c'est la première fois que je lis un auteur hongrois.

C'est un très joli récit, qui relate une relation de 20 ans entre une femme écrivain (désolée, je ne suis pas encore prête, psychologiquement, à utiliser le terme "écrivaine" qui rime trop avec "vaine" à mon goût pour ne pas se retrouver immédiatement connoté négativement. Peut-êre, un jour, quand il aura suffisamment été utilisé pour entrer dans le dictionnaire lui laisserai-je une place dans mon vocabulaire), une relation, donc, entre une femme écrivain et son employée, un personnage d'une dignité et d'une force de caractère impressionnantes.

Emerence est un pillier, pour sa communauté, et pour le foyer de la narratrice.
Emerence est une force de travail, perfectionniste, qui ne vit que par les tâches qu'elle effectue pour les autres, mais selon des règles qu'elle impose, par ses mots rares, ses coups de gueule, et des actes parfois brusques et intrusifs mais qui sont l'expression de son affection.
Emerence choisit les personnes pour qui elle travaille : "je ne lave pas le linge sale de n'importe qui" (p. 14), dira-t'elle à Magda lors de leur première rencontre, juste après lui avoir fait comprendre qu'elle demandait que quelqu'un se porte caution pour elle avant d'envisager de travailler à son service.
Car si Emerence est, techniquement, une domestique, dans les faits elle est une grande dame, respectant des principes stricts, qui effectue un travail remarquable avec des attitudes de mère autoritaire mais généreuse et aimante...

"C'est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n'y change rien" affiche la quatrième de couverture. Et tout est dit. Emerence prend soin d'elle et de son foyer pendant 20 ans, mais quand vient le tour de Magda de prendre soin d'Emerence, elle échoue.
Par maladresse, parce qu'elle n'a jamais réussi à comprendre la personnalité complexe d'Emerence, trop éloignée de son vécu, de ses préoccupations, de ses priorités, parce qu'elle est prise dans le tourbillon social de sa réussite en tant qu'écrivain... les raisons ne manquent pas, quoiqu'il en soit, au moment où Emerence a besoin d'elle, elle n'est pas capable d'agir de façon adéquate. Et là se noue le drame.

Il est des livres qui sont de douces mélodies mais qui s'effacent rapidement après qu'on en a refermé la dernière page, dont on oublie même le titre et le nom de l'auteur. "La porte" n'est pas de ceux-là. Il est de ceux qu'on garde en mémoire, et dont on recommandera la lecture, au détour d'une conversation...